Un dernier (marathon) pour la route...

Publié le par les taquets de Cayenne

7 Juin 2009 : 7ème édition du marathon des libertés


Saint Laurent du Maroni-Saint Jean aller-retour : il m’a tout de suite plu, ce marathon des libertés. Déjà le nom est sympathique et on court pour célébrer un beau moment de l’histoire... Bon, 10 concurrents en moyenne, c’est un peu le désert..., mais c’est convivial et le parcours a l’air plutôt agréable. Alors plutôt que de rempiler sur les atroces lignes droites de la route de l’espace à Kourou, j’ai décidé de poser mes baskets un peu plus loin vers l’Ouest, ce dimanche 7 juin 2009, tout seul comme un grand, après le désistement des autres taquets, trop occupés par leur Triathlon longue distance (Dijon, début juillet, à ne pas manquer !!). Tout seul, c’est pas tout à fait vrai car la St Laurentaise Anne, une proche des taquets, a gentiment accepté de jouer les accompagnatrices.


5h45 : panique à bord ! Je ne vois Anne nulle part, comment je fais avec toutes mes bouteilles ? Tant pis je remplis mon Camel bag, j’en renverse partout. Oula, mauvais le stress du départ. Finalement elle m’attend sagement sur la ligne de départ, un peu plus loin. Je souffle un peu et tout le monde part (marathoniens et semi-marathoniens ont été regroupés). Il fait encore bien sombre et la troupe longe le fleuve, traversant le village de Paddock. Difficile de décrire mes sensations dès le départ, tout est un peu flou, je me fie à ma montre et aux consignes de Bertrand* de l’année dernière (ne pars pas trop vite, reste en dessous de ton allure pendant un ou deux kilomètres, sinon tu risques de le payer plus tard !). Du coup j’y vais piano, cela me permet de me remettre de mes émotions. C’est au croisement de la route de Fatima et celle de Cayenne que je double Bertrand (à vélo) et sa femme Edith qui fait le semi. « Normal que tu nous rattrape, me dit le cerveau du TAC, c’est que t’es dans le bon rythme »).

Les courses longues, ça paraît toujours simple et mathématique au début.

C’est plus tard que tout part en live...


Il fait super bon, un peu humide, avec un peu de chance les averses d’hier vont recommencer. Donc tout va bien. Voici la route de Saint Jean, je suis à peu près à 4’55 au kilomètre, comme prévu. Quel miracle, cette montre « accéléromètre » qui calcule tout. J’espère que ma carcasse de quarantenaire sera aussi performante que ce petit bijou électronique...Je n’en finis pas de la regarder, ma montre, au détriment du paysage environnant. C’est bête, du coup je loupe le splendide Leader Price et le magnifique Super U.


Nous débouchons sur la route de Saint Jean, le peloton s’étire lentement, je double progressivement un petit groupe de militaires du CSA Tigre avant d’arriver au pont. En quittant Saint Laurent je croise déjà les premiers semi-marathoniens qui reviennent sur leurs pas. Le mec en tête s’appelle « Trofort ». Il risque pas d’être inquiété celui-là.

Devant moi il y a un grand gars élancé en T-shirt blanc, il a un bon rythme, bien  régulier. Fait-il le marathon ou le semi ? La réponse ne tarde pas : il dépasse sans broncher la borne du demi tour. C’est un des miens ! Allez moi aussi je crâne en laissant la borne sur la gauche. Anne m’a rejoint et roule tranquillement à côté, prenant quelques photos. « Vous allez vachement vite, dis donc ! J’ai eu du mal à te rejoindre » dit-elle. Ah oui ? C’est sympa, on verra tout à l’heure quand il lui faudra marcher à côté de son vélo pour se mettre à mon allure...

Le gars devant prend progressivement le large, même s’il est encore dans ma ligne de mire. Il faut dire que les lignes droites de la route de Saint Jean valent bien par moment celles de la route de l’espace. ** Il y a un certain nombre de faux plats qui font mal au moral.

Le paysage vu de la route

 

Le grand gars a désormais disparu dans les derniers virages qui mènent à Saint Jean. On est presque au demi-tour et mine de rien ça commence à tirer dans les jambes. Pas bon, ça.

Et voilà les premiers qui reviennent ! On est à quelques centaines de mètres du demi-tour et un gaillard bien costaud tout en noir me croise, on se fait un signe d’encouragement... Voyons le suivant... Ah eh bien c’est le grand en blanc. Je suis donc troisième ! La classe. Pourvu que ça dure... Même échange d’encouragements, c’est chouette pour ça le marathon, on a beau se tirer la bourre on reste solidaires (sans doute parce qu’on sait qu’on va tous souffrir à la fin). Troisième, je sais que ça ne veut rien dire, parce que les craquages, ça fait très mal et ça chamboule les classements en en un rien de temps.

Le temps, parlons en, je suis pile dedans : 1h45 pour la moitié du parcours. Les concurrents derrière sont quand même assez loin, mon suivant est Claude Lemki, un gars qui fait TOUTES les courses à pied de Guyane. Respect, man.


Je reprends des forces, une barre énergétique, un gel et Anne fait de plus en plus souvent le plein d’eau aux ravitaillements. Je m’asperge toutes les 5 minutes. Mon Camel bag vide, c’est avec bonheur que je m’en défais. Plus léger ? Ouai, c’est vite dit.

Tête :  OK.

Haut du corps : RAS.

Jambes : ALARM !

Ca fait mal et je suis en train de ralentir, imperceptiblement. Oubliés, les mathématiques du début, je tourne à 5’10-5’15 surtout dans les côtes. Heureusement les ravitaillements ne manquent pas ; Anne a pris son rôle d’accompagnatrice très au sérieux, on croirait une infirmière au chevet d’un malade (c’est vrai qu’il faut être pas bien pour faire ce sport !) et réagit au top à chacune de mes demandes désespérées (de l’eau sucrée ste plaît! un gel ste plaît, de l’eau normale ste plaît, l’arrivée,ste plaît !!). Elle finit par me dire que je n’ai pas besoin d’être poli pour me demander des trucs. Ah, mais on ne change pas comme ça son éducation !


 

En passant un ravitaillement où une ambulance est postée (eh, je suis pas encore mort !), un type au crâne rasé (pourquoi j’ai retenu ça ? aucune idée) m’annonce que le premier est en train de craquer.

Au 28ème kilomètre en effet, je le dépasse, il a les yeux dans le vague, il trottine, puis marche. Je n’aimerais pas être à sa place. J’essaie de l’encourager mais je crois qu’il n’entend plus grand chose. Olala, le craquage, la hantise du marathonien ! Bon le trentième kilomètre passe, pas de « mur » en vue, mon état est stationnaire mais mon allure continue de chuter. Je monte à 5’30. Mais bon on arrive au pont avec le panneau « Saint Laurent ». c’est moi, ça ! J’ai envie de l’embrasser, ce panneau, tiens. Mais je sais qu’il reste une bonne dizaine de kilomètres et je suis pas au mieux, d’autant que le soleil commence à chauffer.


C’est alors qu’en me donnant de l’eau, Anne m’annonce d’un air détaché, l’air de rien pour ne pas m’inquiéter « tu sais, il y a un gars derrière toi, à une centaine de mètres, je viens de lui donner de l’eau il en avait plus ». Aaarg ! C’est Claude L., c’est sûr, c’est lui !

Ne pas se retourner, ne pas penser au gars derrière. « De toutes façons, je m’en fous, je veux finir en 3h30, c’est tout ce qui compte. » Je n’y pense pas, mais j’accélère quand même... Enfin comme je peux.

Je m’attends à tout moment à le voir me dépasser, je n’en parle plus du tout, je ne veux rien savoir. Toutes les deux minutes environ je renverse une bouteille sur mon visage : c’est une bénédiction du ciel. Alors que le Super U se dessine au loin, Coup de fil de Bobos et Sarah via Anne, ils m’encouragent et c’est génial.


Les derniers kilomètres sont terribles. Il faut faire demi-tour sur une ligne droite interminable pour rejoindre Balaté et la Charbonnière. Je finis par poser LA question : « il est encore derrière ? ». « –Ah non, il est plus là, je ne le vois plus ». Ce genre de réponse ça redonne du tonus. Je perds même un peu d’influx nerveux en me fendant d’un jeu de mots bien pourri***

 

Arrivé à la Charbonnière, surprise, devant je revois pointer le gars en blanc. Il a perdu du terrain, visiblement. Mais il est quand même super loin et je n’ai pas les quilles. Je ne pense qu’à deux choses : l’arrivée... et l’eau.


Dernière ligne droite : J’ai le premier dans mon viseur, mais la seule chose qui m’intéresse, c’est de voir quand il va tourner vers l’arrivée... Aaah, ça y est, j’y suis ! Je passe la ligne et je veux m’arrêter mais mes jambes continuent toutes seules. Putain je suis deuxième (en 3h33’12) ! C’est bon, ça ! Je vais saluer le vainqueur (en 3h31’23), le gars en blanc s’appelle Guy Darly . Il vient de Mana (il a fait le duathlon par équipe !). Sympa, il me dit qu’il était cuit sur les derniers kilomètres, ça tombe bien, moi aussi. Le troisième, Claude, arrive en 3h40, on se félicite mutuellement, on se raconte un peu la course. Décidément, cet esprit fair-play me manquera.

Podium, cadeaux, petits gâteaux, tout s’enchaîne. On attend le dernier qui arrive tranquillos en 5h22 (apparemment c’est adepte des 100kms) . Le marathon des libertés se termine dans une bonne ambiance et sous un soleil de plomb.

 

Désolé pour la longueur de ce compte-rendu, je me suis lâché vu que c’est sans doute le dernier que j’écris sur une compétition guyanaise.

Une bonne course, difficile (on est en Guyane, eh oh !), mais bien organisée. Un grand merci à Anne sans qui je n’aurais certainement pas fait ce chrono.

Laurent

 

Les résultats en cliquant ICI

 


A bientôt pour le compte-rendu de Bobos, Le Miche et Steven au Triathlon de Dijon !!

 

 

Bon, vaniteux que je suis, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer le podium : que des (jeunes) vétérans ! On fait les malins, comme ça, mais je peux vous dire qu’on a eu du mal à monter dessus...

 

 

*Si vous suivez fidèlement le blog des taquets, Bertrand, vous savez que c’est lui qui nous a concocté notre premier programme d’entraînement marathon, il a aussi gagné le classement par équipe du premier Irontaquet.

 

**Non, c’est pas vrai, c'est une blague !

 

***Je ne le révèlerai que sur demande.

 

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Fred 11/06/2009 15:51

T'es un KILLER Laurent.!!! Une superbe course, parfaitement racontée. Du talent à revendre.

Les Taquets vont avoir du mal sans tes performances physiques et intellectuelles. Mais bon il doit peut être y avoir internet dans ton pays de cocagne....

Nadador 11/06/2009 03:38

Super! Je suis impressionné, un marathon, déjà, il faut être frappé pour y participer, mais en plus sous le climat de la Guyane ...
Pas si long que cela l'article, surtout pour une telle performance.
Tes récits vont nous manquer.

Bobos 11/06/2009 02:17

Bravo Laurent "Mister Métronome"...Même sans ta super montre, tu aurais couru comme un chef.
Et ça fait 2 podiums en 3 courses pour 2009... Joli l'artiste.
T'as bien fait d'en mettre une tartine sur ton article car la saison prochaine risque d'être moins prolifique en belles phrases !!!

Mich 11/06/2009 01:47

FELICITATION Laurent Superbe course, superbe gestion !!! Le Leader des Taquets sur le long nous manquera car c'est pas demain qu'on en reverra un sur le podium d'un marathon !!!!