Marathon de l'espace 2010 - la course du Bobos
Samedi 27 mars 2010… J-1
Toujours pas de pression relative à la compétition du lendemain qui se rapproche à grand pas… Pourtant, ce n’est pas une simple balade du dimanche que l’on s’apprête à entamer sur la route de l’espace à Kourou… 42,195km ce n’est pas rien.
Enfin si on regarde ce que l’on prépare avec Mich, Stéven et Julien, ça parait pas si long… Car sur l’Ironman de Nice, il faudra nager 3,8km et boucler 180km de vélo avant d’entamer un marathon…
Vu comme ça, Kourou ne me fait pas peur… Oui mais si je n’arrive pas à finir celui là !!! Au pire, même si je coure à 2km/heure, ce n’est pas grave, il faut juste le terminer… sans marcher car pour moi, marcher c’est abandonner…
Pas trop de pression car ce marathon, il est là pour que je fasse une vraie répétition gastrique pour le jour J du 27 juin 2010… La grande question philosophique c’est : est-ce que mon organisme peut assimiler 2 gels par heure sans défaillir ???
Bon Ok, j’ai quand même un peu la pression du chrono… Ben oui, comme j’ai déjà couru ce marathon en 2008, j’ai beau dire que je veux juste le finir, ce n’est pas tout à fait vrai… Faut quand même que j’essaye de faire mieux que la dernière fois !!!
Bref, je cherche à faire 4H00min, soit 11 minutes de mieux qu’il y a 2 ans. D’après Bertrand du TAC, spécialiste de plan d’entrainement longue distance en Guyane, ça devrait passer… Ouais… Il n’avait tenu le même refrain en 2008.
Mais cette année, je suis un peu plus « expérimenté » sur les longues distances… Enfin c’est ce que je pense.
Fin d’aprèm, finalisation du sac pour demain, petit coup de fil à Jéjé mon accompagnateur pour fixer l’horaire de départ (très matinale pour lui), petit repas avec ma femme Sarah et au dodo…
Dimanche 27 mars 2010… jour J
3H00… ou plutôt 3H10 (c’est toujours ça de gagné…), le réveil sonne. J’essaye d’ouvrir les yeux pour petit déjeuner et mettre mes affaires dans la voiture… Petits mots d’encouragement de Sarah entre 2 rêves et me voilà parti à Rémire pour charger le vélo de Jéjé et charger Jéjé encore plus au radar que moi…
Merci pour les travaux du pont du Larivot, on gagne 30 à 45 minutes de transport pour rejoindre la ville spatiale. On arrive presque les premiers sur le parking de la plage Pim Poum… ou tic tac… ou patatrac… enfin bref on est à Kourou.
Je prends le temps de me préparer et de saluer tous les copains Taquets ou autre pendant que Jéjé s’occupe de mon dossard et de son vélo-cagette très pratique pour transporter gel, boissons, lunettes et autre petits gadget pour coureur à pied…
Sarah toujours pas rendormie me ré encourage au téléphone juste avant de prendre le départ… J’ai l’impression qu’elle est aussi déçue que moi de ne pas être là ce matin… Mais gestion technique de la grossesse oblige, on évite de la transporter en voiture en plein milieu de la nuit…
6h00, le départ est donné devant l’hôtel des roches… 129 partants, plusieurs gagnants potentiels… ça risque d’être un bon cru ce 20ième marathon de l’espace…
Grace à ma montre accéléromètre - cardio fréquencemètre et tout et tout, j’évite de partir trop vite, malgré la grosse quantité de concurrents qui me doublent avant de sortir de Kourou. Je me cale à mes 5min40 d’allure prévus pour faire 4h zéro zéro…
Le premier semi se passe bien… Pas mal aux jambes… Je discute tranquillement avec Jéjé… Je tape dans les mains des Taquets et assimilés que je croise… J’encourage les premiers qui ne doivent sûrement pas m’entendre…
Sacha passe quelques minutes vers nous et nous donne des infos sur les états de forme de chacun… Patrick est bien, Danny ralenti légèrement, Bruno déroule, Stéven a l’air d’être parti trop vite et va surement craquer,…
Je passe au demi-tour en 2h00min23s… léger retard de 23s à cause d’un arrêt au stand vidange vers le 10ième kilomètre… Tout va bien.
Vers le 25ième kilomètre, mes cuisses commencent à faire parler d’elles… Légère douleur qui titille… Normal, ça devait arriver à un kilomètre ou l’autre…
Juste après, j’aperçois Stéven qui effectivement est en train de craquer. Je le double et compatis à sa douleur… Mais je sais que El Nadador à le mental pour ne pas stopper son effort en plein milieu du parcours… A un moment donné, il passera la ligne d’arrivée… J’en suis sûr.
Les kilomètres défilent de moins en moins vite à mesure que je ressens de plus en plus mes cuisses… Mais ma vitesse ne descend pas trop… je perds 10 secondes à chaque portion de 5km… Pas dramatique… Mais que c’est long.
Heureusement, la traversée des passages de relais 3 et 4 change un peu cette monotonie… Tu es obligé de zigzaguer entre les relayeurs qui arrivent, ceux qui partent, ceux qui attendent et ceux qui sont en voiture… Mais c’est agréable de voir que certaines équipes sont là aussi pour s’amuser… Quelque papillons, quelques indiens peint sur le corps et surtout 2 ou 3 équipes du RCT, le club de rugby de Kourou, qui courent avec leur ballon de rugby !!! Mais passé ces instants turbulents, la monotonie du parcours reprend ses droits… et ses lignes droites…
Quelques éclaircies entre 2 nuages chauffent sérieusement la machine… Mais passé le musée de l’espace sur le chemin du retour, une averse rafraichit tout ça… Ouf.
Coté parole, ça diminue de plus en plus… De « passe-moi l’eau s’il te plait » en début de parcours, je raccourcis de plus en plus mes demandes auprès de Jéjé : au fil des kilomètres, ça devient « eau », puis « hep », jusqu’à ce que Jéjé me propose l’eau sans que je puisse lui demander…
La traversée de la ville pour les 7 derniers kilomètres devient de plus en plus dur… J’essaye tant bien que mal de ne pas dépasser les 5min45 au kilo… Pas facile. Ca grimace sévère sur la tronche du Bobos…
Juste avant la ligne droite de la légion étrangère, Sacha nous rejoint. Il vient d’accompagner Patrick jusque sur la ligne d’arrivée et compte faire de même avec moi… Heureusement car je crois sérieusement que sans Sacha et Jéjé qui n’encourageaient constamment, j’aurais perdu au moins 3-4 minutes sur les derniers kilomètres…
Jéjé pense à téléphoner à Sarah pour qu’elle aussi participe à la fête… Moi j’y suis pas à la fête… Les jambes lourdes, les bras lourds, mes chaussures lourdes, mon MP3 lourds… Tout me pèse…
Sacha continue de me gueuler dessus pour que je gratte la dame de devant moi… j’y arrive quand même… Elle me repasse devant à moins d’un kilomètre de l’arrivée…
J’aperçois Patrick le long de la route qui m’encourage aussi en effectuant une ola en solo… Je l’ai vu, mais je ne sais pas ce qu’il me disait… Et voila la dernière « côte » qui est là, à 300m de l’arrivée… J’arrive à accélérer comme un fou (4min40 au kilo), alors qu’il y a 2 ans j’étais à la limite de marcher au même endroit… Je re dépasse la dame…
Ca y est, je la vois cette ligne d’arrivée… Mais je ne vois pas la petite dame qui revient sur moi comme une folle pour me passer devant sur la ligne…
Ce n’est pas grave, le marathon, je le fais pas contre les autres, mais contre moi-même… Et d’être sur la ligne d’arrivée, j’ai déjà gagné mon combat, ma lutte contre ce mal de cuisse…
Résultat : 4h01min55s… objectif chronométrique raté de peu… mais seulement 1min32 de perdue au second semi… J’suis quand même content.
J’appel ma petite femme qui me félicite, et je rentre rapidement sur Cayenne la retrouver avec son bidon tout rond… En parlant de son bidon, mon futur fils commence bien dans la vie de famille… Il m’a laissé le temps de courir ce marathon avant le gros rush qui devrait arriver bientôt avec sa venue au monde… Sympa.
Lundi 29 mars 2010… J+1
Le marathon n’est pas fini… Enfin je ne l’oublie pas… A chaque descente sur une chaise, à chaque remontée de cette chaise, à chaque fois que je franchis la marche de mon cellier,… Je ressens cette douleur aux cuisses qui me tiraillait tant sur la route de l’espace… Je sais que c’est la dure rançon d’être finisher d’un marathon…
Le supplice ultime, c’est la montée d’échelle pour bricoler… Un calvaire, autant que la descente !!!
Espérons que ça passera assez vite pour me remettre dans la préparation de l’IronMan de Nice…
En attendant, je prépare l’arrivée de notre futur enfant à Sarah et à moi, tout en découvrant au fil de la journée les compte rendus des courses des autres Taquets de Cayenne…
Merci à Jéjé et à Sacha...
Merci aux gros nuages de passage sur la Guyane…
Merci aux spectateurs inconnus qui applaudissent le long de la route des coureurs inconnus…
Merci à mon MP3 et ma playlist perso…
Merci à ma montre Garmin, qui en mode « batterie vide » fonctionne encore 4h01min…
Merci à Sarah qui ne pouvait pas mieux me supporter à distance…
Bobos